Réuni le 18 septembre à Jarnac,
le comité de suivi de Charente 2050 a rassemblé près de 140 représentants de l’État, des collectivités, des établissements publics, du monde économique, des associations et des partenaires du territoire. Cette nouvelle étape du programme porté par l’EPTB Charente a permis de dresser un état des lieux de la situation climatique et hydrologique du bassin, mais aussi de présenter plusieurs actions déjà engagées pour mieux préserver la ressource en eau et préparer le territoire aux évolutions attendues dans les prochaines décennies.
L’année 2026 a une nouvelle fois illustré la diversité des phénomènes auxquels le bassin doit désormais faire face. Après des épisodes de gel et de neige, de fortes précipitations et des crues en début d’année, plusieurs périodes de fortes chaleurs se sont installées à partir du printemps. Cette succession d’événements contrastés renforce, selon les acteurs réunis à Jarnac, la nécessité d’anticiper les besoins, de mieux répartir les usages et de renforcer la résilience du territoire face à un cycle de l’eau devenu plus irrégulier.
Passer de la prospective à l’adaptation concrète
Lancée en 2019 par l’EPTB Charente et ses partenaires, la démarche Charente 2050 vise précisément à organiser cette adaptation sur le long terme. Elle repose sur une vision collective du devenir du bassin versant et sur l’identification de solutions permettant de préserver l’eau, les milieux aquatiques et les activités économiques qui en dépendent. Cette réflexion a notamment conduit à l’élaboration d’un Plan d’adaptation au changement climatique, destiné à structurer les orientations et les actions à mener à l’horizon 2050.
Le comité de suivi a été l’occasion de confronter cette stratégie à plusieurs retours d’expérience. Le Haut-Commissariat à la stratégie et au plan a présenté des travaux prospectifs portant sur l’évolution possible de la ressource en eau en France selon différents scénarios climatiques. Eau 17 a de son côté détaillé ses actions destinées à sécuriser l’alimentation en eau potable et à encourager la sobriété des usages. Le Département de la Dordogne a également présenté son travail auprès des cantines scolaires et des filières agricoles locales, avec une approche adaptée aux spécificités du territoire.
Pour le bassin de la Charente, les solutions présentées couvrent un champ particulièrement large. L’EPTB Charente travaille notamment au développement de solutions fondées sur la nature, destinées à limiter le ruissellement et à favoriser le stockage naturel de l’eau dans les sols et les milieux. D’autres démarches concernent la réduction des consommations dans les bâtiments et les activités industrielles, l’évolution des pratiques agricoles et territoriales, mais aussi l’étude de solutions dites « de rupture », susceptibles d’ouvrir à terme de nouvelles pistes d’approvisionnement ou de gestion de la ressource.
Agriculture, industrie, eau potable : une ressource à partager
La question de l’eau dépasse largement la seule gestion des épisodes de sécheresse. Pour le bassin de la Charente, elle concerne simultanément l’alimentation en eau potable, les besoins agricoles, les activités industrielles, la préservation des milieux aquatiques et la capacité du territoire à absorber les épisodes de précipitations intenses. Cette diversité des usages explique la volonté de travailler à l’échelle du bassin versant, des sources de la Charente jusqu’à l’île d’Oléron, plutôt que de traiter séparément chaque problématique locale.
Créé en 1977 après la sécheresse historique de 1976, l’EPTB Charente fédère aujourd’hui cinq Départements, la Région Nouvelle-Aquitaine, vingt communautés de communes et d’agglomération ainsi que douze syndicats de rivière. Sa mission couvre aussi bien la gestion des crues et des étiages que la qualité de l’eau et la préservation des milieux aquatiques, avec un principe central : coordonner les collectivités et les acteurs compétents à l’échelle de l’ensemble du bassin.
Dans ce contexte, l’agriculture occupe naturellement une place importante dans les réflexions menées autour de Charente 2050. Les pratiques agricoles font partie des leviers identifiés pour améliorer la gestion quantitative de l’eau, réduire le ruissellement et mieux conserver l’humidité dans les sols. L’enjeu est toutefois plus large que la seule réduction des prélèvements : il s’agit aussi d’adapter progressivement les systèmes de production, les aménagements et les usages à un contexte climatique susceptible de modifier durablement la disponibilité de la ressource.
Un démonstrateur pour tester les solutions à l’échelle du bassin
Parmi les dispositifs mis en avant lors du comité figure le démonstrateur Charente, lancé en 2025 à la demande du comité de bassin Adour-Garonne. Cette démarche expérimentale vise à tester directement sur le bassin versant différentes solutions capables de répondre simultanément aux enjeux de quantité d’eau, de qualité de la ressource et d’adaptation au changement climatique.
L’intérêt de cette approche est de passer progressivement de la prospective à l’expérimentation, puis, lorsque les résultats sont concluants, à la diffusion des solutions sur le territoire. Le comité de suivi a d’ailleurs mis en évidence l’intérêt croissant des acteurs locaux pour ces questions. Les échanges et les nombreuses interventions au cours de la matinée ont montré que les préoccupations liées à l’eau sont désormais largement partagées, mais aussi que de nombreuses initiatives existent déjà sur le bassin.
L’enjeu consiste désormais moins à identifier de nouvelles problématiques qu’à accélérer la mise en œuvre des réponses adaptées aux réalités locales, à mieux coordonner les initiatives et à diffuser les enseignements tirés des expérimentations déjà engagées. Pour l’EPTB Charente, la réussite de la démarche passera donc par la poursuite de cette dynamique collective, afin que collectivités, acteurs économiques, agriculteurs, associations et citoyens puissent participer, chacun à leur niveau, à la résilience du bassin versant.
source et crédit photo : EPTB Charente